Ce gars-là se jet-lag à coups de Who's who,
ce gars-là fait le baise-main à des princesses, ce gars-là court le 100
mètres en dix secondes, ce gars-là à une santé de platine. Pourtant, ce gars-là, aujourd'hui, ce matin, au sortir de son lit, est anéanti, ratiboisé, raboté comme un déniché fiscal.
Car avant de s'endormir l'avant-veille au petit matin (ce gars-là fait ce qu'il veut quand il veut et dort le temps qu'il veut), ce gars-là a regardé le petit écran après l'avoir allumé, c'est plus distrayant comme ça.
Il y avait dans la télé des gens comme ceux que ce gars-là avait déjà vus, une fois, dans un métropolitain parisien en gare de Chardon-Lagache, à cette heure matutinale où les nantis se couchent et que les fauchés se lèvent, vers 6h 32, 6h 33. Des ouvriers ou des employés, peut-être, des domestiques, des harassés de la vie, des embauchés de toute façon… avec un sale air. En pagaille, emboîtés, entassés, la bouche en pâté !
Ce fut un moment pénible pour ce gars-là (tout ça pour un stupide pari perdu avec une authentique princesse) que de partager ce boyau souterrain avec ces hères habillés de prêt-à-porter, parfumés d'odeurs, nourris de déchets alimentaires et transbahutés vers leur destin comme des ballots de viande qui ne veulent pas aller là où ils vont. Quand on est mort, c'est pour la vie!
Donc, bis repetita, ces mêmes bipèdes étaient en boîte, encore, mais télévisuelle cette fois, la boîte. Et ici, ils n'allaient nulle part, mais restaient là où ils étaient, autour de rien, telle une oie coincée derrière un piquet qui attend qu'on la libère. Ils jouaient à vivre ensemble : manger, boire, dormir, se curer les pieds, se caresser les parties génitales, se coiffer, bailler.
Alors ce gars-là s'endormit, ivre de champagne et saoulé de bêtises.
Quand ce gars-là se réveilla 48 heures plus tard, son téléviseur ronronnait encore, et les mêmes bipèdes respiraient le même air vicié de leur même jeu dans la même boîte.
Alors, ce gars-là éteignit son téléviseur, sonna ses domestiques qui accoururent l'assister dans ses besoins : manger, boire, dormir, se curer les pieds, se caresser les parties génitales, se coiffer, bailler.