Ce gars-là est un révolté de la lutte des classes! Ce gars-là joue des coudes
sur les marchés boursiers! Ce gars-là endure son sort froid dans ses bottes
tel un chef gaulois congelé dans ses braies.
Ce gars-là aimerait acheter sans compter ce dont il n'a pas besoin,
ce gars-là aimerait se vautrer dans le luxe. Et le soir, plutôt que des moutons, ce gars-là compterait des biftons, des biftons et des biftons, SES biftons!,
et il se vautrerait sur dame Fortune dans un hoquet de trop-plein. Et puis,
il pointerait chez Forbes, abandonnerait son état-civil au Who's Who
et se stupéfierait les neurones dans les salons VIP des aéroports en compagnie de starlettes pas particulières.
Aussi, quand d'aucun demande à ce gars-là de quoi il n'a pas besoin, il consulte sa liste au père Noël pour être absolument certain de ne rien oublier, pour
le cas où d'aucun serait justement le Bouffon rouge, ça serait ballot de rater pareille occase, ne trouvez-vous pas, Nadine? Donc : des bolides anglais
et italiens et allemands et japonais; de la vaisselle incassable en plastique
du pauvre; jet et yacht; faire la une des magazines pour mémères pas peoples;
une dix-huitième chambre dans sa propriété du massif des Blindés
et deux aigles en plâtre pour encadrer la porte d'entrée; des bourrins de polo; un authentique ticket de seconde ferroviaire; des titres,
des produits dérivés, des actions mais pas d'obligations; des amis,
des admirateurs; un CV; un lévrier afghan de concours et sa niche fiscale;
un jeu de 54 cartes American Express et 2 jokers; quelques hangars…
Mais ce gars-là, presbyte au royaume des myopes, doit se contenter
du beaucoup qu'il a.